Pour (conseillère en fertilité).
Dernière actualisation: 09/12/2014

Le Syndrome d’hyperstimulation ovarienne (HSO) est une complication assez redoutée, qui peut avoir lieu lors de la réalisation d’un traitement d’induction de l’ovulation à partir d’hormones exogènes. Dans sa forme la plus sévère (seulement 0,5 à 5% des cas), on observe une augmentation marquée de la taille de l’ovaire avec ascite, épanchement pleural, hémoconcentration et déséquilibre électrolytique.

Dans certains cas peuvent apparaître des symptômes tels que: difficultés respiratoires, thromboses vasculaires, infarctus cérébraux, infarctus aigus du myocarde, défaillance multisystémique, et même décès. L’incidence de ce type de syndromes apparaissant de manière spontanée, autrement dit sans administration de médication exogène, est extrêmement faible dans le cas d’une grossesse naturelle.

Nous allons à présent exposer un cas clinique de HSO survenu lors d’une grossesse naturelle et en présenter les conséquences:

Remah Moustafa Ahmed Kamel, Ph.D., M.R.C.O.G.

Department of Obstetrics and Gynecology, Faculty of Medicine, Jazan University, Abu-Arish City, Jazan, Saudi Arabia

Description du cas

Une femme égyptienne de 32 ans a été admise à l’Hôpital Central King Fahd dans la ville de Jazan, en Arabie Saoudite. Elle était enceinte pour la première fois et en était à son deuxième trimestre de grossesse. Elle présentait les symptômes suivants: douleur abdominale persistante, difficultés à respirer, vomissements et diarrhée.

Dans son anamnèse médicale, elle ne présentait d’antécédents ni chirurgicaux ni gynécologiques. Ses premières règles étaient apparues à l’âge de 13 ans et ses cycles avaient ensuite été réguliers. Elle niait avoir eu recours à une médication pour induire l’ovulation. Lors de l’examen clinique, la patiente semblait modérément malade.

Femme avec HSO

La patiente pesait 80,2 kg et mesurait 1,65 m, son périmètre abdominal était de 90 cm. Sa température ainsi que sa pression artérielle étaient normales, bien qu’elle souffrait d’une tachycardie évidente (90 pulsations/minute). L’abdomen de la patiente était assez détendu, les battements sanguins y étant visibles. L’utérus était mou, d’un volume de grossesse d’environ 12 semaines et avec un agrandissement de la masse viscérale. Une échographie transvaginale révéla la présence d’une grossesse intra-utérine viable (de 14 semaines et 2 jours), avec plusieurs kystes ovariens bilatéraux (d’un diamètre moyen de 13,5 x 11 x 8,5 cm) et ascite.

Les résultats des analyses du laboratoire furent les suivants:

  • Niveau d’hémoglobine: 13 g/dL.
  • Valeur de l’hématocrite: 45,6%.
  • Nombre de leucocytes: 16,800 / ml.
  • Plaquettes: 450,000/microlitre.
  • Concentration sérique en sodium: 130 mEq/l.
  • Niveau de potassium: 4.8 mEq/l.
  • Niveau de créatinine: 0.8 mg/dl.
  • Taux de glycémie: 95 mg/dl.
  • Albumine: 3.2 g/dl.
  • Protéine C réactive: 19 mg/l.
  • Bien qu’il n’y ait pas d’hépatite, la patiente présentait un taux de transaminases quelque peu élevé.
  • L’analyse hormonale de la thyroïde ne révéla rien d’anormal.
  • On écarta la présence de tumeur maligne grâce à l’étude de marqueurs tumoraux et à un examen Doppler couleur.

La possibilité d’un adénome dans l’hypophyse fut exclue après l’évaluation des niveaux d’oestradiol, d’inhibine-B et des gonadotrophines. Le diagnostic provisoire d’un syndrome d’hyperstimulation ovarienne spontané fut élaboré; on proposa donc un traitement afin de corriger le déséquilibre électrolytique ainsi que l’hémoconcentration que présentait la patiente.

Celle-ci répondit immédiatement au traitement intraveineux composé de 2 litres de solution saline par jour et 25% d’albumine, 200 ml/jour. En guise de traitement symptomatique, la patiente fut mise au repos complet alitée avec paracétamol 500 mg et métoclopramide 10 mg. On lui administra également de l’héparine prophylactique par voie sous-cutanée (10.000 IU/jour) afin d’éviter tout risque de thromboembolie après avoir contrôlé son bilan de coagulation.

Un support psychologique fut offert au couple afin de diminuer leur mal-être et leur anxiété. La patiente sortit de l’hôpital 22 jours plus tard, lorsque les résultats du laboratoire furent revenus à la normale. Elle poursuivit ensuite sa grossesse sans autre problème et accoucha finalement d’une petite fille de 3,5 kg par voie vaginale.

Discussion

Dans la littérature, on peut lire que l’hyperstimulation ovarienne spontanée survient chez des femmes présentant:

  • une hypothyroïdie.
  • un syndrome des ovaires polykystiques.
  • une mutation importante des récepteurs de l’hormone FSH (folliculo-stimulante).
  • une grossesse anormale.
  • et très rarement durant une grossesse normale, comme dans le cas que nous venons de présenter.

Les facteurs de risque connus pour le syndrome d’hyperstimulation ovarienne incluent: les femmes ayant un faible poids, celles qui ont le syndrome des ovaires polykystiques, les patientes qui reçoivent de plus fortes doses de gonadotrophines exogènes au cours des cycles de procréation assistée, lors d’une augmentation rapide du taux d’oestradiol et les femmes ayant vécu des épisodes précédents de ce syndrome.

Grossesse et HSO spontané

La mutation des récepteurs de l’hormone folliculo-stimulante (FSH), qui augmente la sensibilité de la gonadotrophine chorionique humaine (hCG) et est responsable du développement spontané du HSO n’a été identifiée que récemment. Dans sa forme iatrogénique, le recrutement folliculaire et sa croissance postérieure surviennent rapidement lors de la stimulation ovarienne avec FSH exogène, tandis que dans sa forme spontanée ce recrutement a lieu plus tardivement, lors de la stimulation des récepteurs de la FSH par la hCG endogène.

Les gonadotrophines, qu’elles soient endogènes ou exogènes, activent le facteur de croissance endothélial, ce qui augmente la perméabilité vasculaire, permettant ainsi l’extravasation des fluides et des protéines. En conséquence, le tableau clinique du syndrome d’hyperstimulation ovarienne spontané se développe tardivement pendant la grossesse (entre la 8e et la 14e semaine), en comparaison avec la forme iatrogénique qui a lieu entre la 4e et la 7e semaine.

Cliniquement, il y a plusieurs degrés de sévérité du syndrome HSO. Dans la littérature citée, on trouve six degrés de classification. Les praticiens devraient être conscients des différents symptômes et signes de l’HSO, étant donné que l’établissement du diagnostic se base principalement sur l’état clinique de la patiente. Selon la classification la plus récente, notre cas est considéré comme des plus sévères.

Ce syndrome est un désordre auto-limité qui tend à disparaître spontanément en peu de jours, mais qui peut persister plus longtemps dans le cas de patientes enceintes.

Ce cas met en exergue l’importance d’effectuer un examen approfondi à toutes les femmes qui présentent une douleur abdominale aiguë ou une masse ovarienne pendant la grossesse. Bien que cet état soit très rare, il est potentiellement mortel dans sa forme sévère s’il n’est pas diagnostiqué à temps et traité correctement. En prenant conscience de cela, de nombreux cas pourraient être détectés et signalés.

Source: Fertility and Sterility, vol. 94, nº 1, pp.351.e1-e4, 2010.

Auteurs et collaborateurs

Conseillère en fertilité