Par Rebeca Reus (embryologiste).
Dernière actualisation: 27/08/2018

Un polype utérin ou polype endométrial se produit parce qu’une partie de tissu endométrial forme une excroissance ou tumeur au niveau du col de l’utérus ou de la cavité utérine. Le symptôme le plus commun est un saignement abondant. La présence de polypes utérins peut également rendre la grossesse plus difficile à obtenir.

La plupart des polypes sont bénins mais certains polypes utérins peuvent exceptionnellement être cause de cancer. Le traitement indiqué pour le polype endométrial est l’ablation grâce à une hystéroscopie opératoire, une opération très simple faite sous anesthésie qui ne présente généralement pas de complications.

Vous trouverez ci-dessous un index avec tous les points que nous allons traiter dans cet article.

Cause des polypes utérins

Les polypes surgissent dans l’utérus lorsqu’une zone de la couche basale de l’endomètre se met à proliférer. La couche basale ne subit pas les effets des changements hormonaux au cours du cycle menstruel et ne desquame pas au moment de la menstruation.

Lors des règles ou menstruations, la couche supérieure de l’endomètre (l’endomètre fonctionnel) se détache. Ainsi, seule demeure la couche basale de l’endomètre avec le polype qui continue à se développer.

Les causes de la formation de ces excroissances muqueuses ou fibreuse ne sont pas connues avec exactitude, même si plusieurs mécanismes ont été proposés. On sait néanmoins qu’ils tendent à se développer lorsque les niveaux d’œstrogènes sont élevés.

Facteurs de risque et facteurs de protection

Il existe une série de facteurs qui peuvent aggraver les risques d’être atteinte d’un polype utérin. On peut citer :

  • Concentration élevée d’œstrogènes.
  • Anovulation chronique, c’est-à-dire qu’aucun ovocyte n’est libéré pendant le cycle menstruel.
  • Insuffisance lutéale, lorsque la production de progestérone par le corps jaune est insuffisante.
  • Âge : les polypes apparaissent surtout entre 40 et 65 ans.
  • Utilisation de tamoxifène, un médicament utilisé pour le traitement du cancer du sein.
  • Inflammation utérine chronique.
  • Traitement hormonal substitutif (THS) des femmes ménopausées.
  • Obésité et hypertension artérielle.
  • Certaines maladies rares, comme le syndrome de Lynch (cancer colorectal héréditaire sans polypose) ou le syndrome de Cowden.

Précisons que le fait de présenter certaines des caractéristiques mentionnées ci-dessus n’est pas forcément synonyme de polypes utérins. Cela signifie simplement que les probabilités d’en développer sont plus élevées.

D’autre part, il semble qu’une série de facteurs protecteurs peuvent diminuer les risques de développer des polypes comme par exemple la contraception hormonale et les progestatifs purs, grâce à leur effet anti-œstrogénique sur l’endomètre.

Les différents polypes utérins

Il est possible de distinguer deux types de polypes en fonction de leur forme :

Polype pédiculé
il dispose d’un pédicule, c’est-à-dire une structure allongée et fine qui le rattache à la paroi de l’utérus.
Polype sessile
il est attaché à l’utérus par una base plus large et plate.

Il est également possible de classer les polypes utérins en fonction de leur aspect et de leur composition :

Fonctionnels ou typiques
ils présentent un aspect similaire a l’endomètre normal. Ils peuvent présenter des transformations prolifératives ou sécrétoires. En fonction de leur composition dominante (glandulaire ou stromale), on peut les qualifier comme des polypes glandulaires, fibreux ou fibroglandulaires.
Kystiques
ce sont des polypes glandulaires qui acquièrent des caractéristiques propres aux kystes.
Hyperplasique
ils présentent des changements similaires à ceux de l’hyperplasie endométriale. Les polypes hyperplasique sans atypie sont bénins. S’ils présentent des atypies, on les considèrent comme précancéreux.
Atrophiques
ce sont ceux dont souffrent le plus fréquemment les patientes ménopausées.
Malins
les cellules du polype passent par un processus de dégénérescence à caractère malin. Elles deviennent cancéreuses.

Symptômes de polype endométrial

D’habitude, les polypes de petite taille sont asymptomatiques et la femme ne se rend pas compte de leur présence. C’est ce qui arrive dans 50% des cas.

Néanmoins, quand un polype se développe et saigne, il manifeste son symptôme le plus caractéristique : une hémorragie abondante pendant la menstruation. On parle alors de ménorragie ou hyperménorrhée.

Un saignement en dehors de la période des règles ou métrorragie est aussi un symptôme fréquent, de même que les hémorragies faisant suite aux rapports sexuels. On pense que 10 à 30% des saignements irréguliers sont liés à la présence de polypes utérins. Ils en sont d’ailleurs la cause principale à l’approche de la ménopause.

Un autre symptôme que peut présenter la femme est une anémie causée par les hémorragies fréquentes et abondantes. Elle peut aussi ressentir des douleurs au niveau du bas-ventre à cause de la dilatation du col de l’utérus.

De surcroît, les polypes de l’endomètre peuvent avoir un impact sur la fertilité, car ils s’associent à des problèmes pour tomber enceinte et surtout pour mener une grossesse à son terme.

Problèmes de fertilité et grossesse

Les polypes utérins peuvent être une cause d’infertilité, car ils peuvent empêcher la nidation de l’embryon ou être cause de fausse-couche.

Le mécanisme exact qui cause ces problèmes n’est pas complètement connu, mais on soupçonne que les polypes agissent sur le développement de l’endomètre en provoquant des saignements et en créant un environnement peu approprié à la nidation et à la réceptivité de l’endomètre.

On a aussi remarqué que les patientes souffrant de polype présentent une protéine qui inhibe l’union entre l’ovule et le spermatozoïde : la gycodéline (ou protéine placentaire-14). Par conséquent, la fécondation pourrait se voir affectée.

Entre 15 et 32% des femmes avec des problèmes de fertilité souffrent de polypes endométriaux.

Les polypes de petite taille, de moins de 2 cm, ne diminuent pas les chances de grossesse pour les patientes de FIV (fécondation in vitro) mais les risques de fausses-couches ou avortements spontanés sont multipliés par trois. C’est pour cela qu’une intervention pour restaurer la cavité utérine peut fortement augmenter les chances de succès des traitements de fertilité.

Si vous devez faire un traitement de fécondation in vitro pour devenir maman, nous vous recommandons d'utiliser "Le Calculateur". En 3 étapes simples, qui vous permettra de connaître les cliniques à l’étranger qui répondent à nos critères de qualité rigoureux. En outre, vous recevrez un rapport contenant des conseils utiles avant de réaliser des visites dans les cliniques.

Polypes utérins et cancer

Comme ils supposent une croissance anormale des cellules du tissu utérin, les polypes de l’endomètre sont considérés comme des tumeurs. Cependant, la majorité sont bénins et n’entraînent pas de problèmes graves. Moins de 5% deviennent précancéreux ou cancéreux.

Les dangers qu’un polype ne se transforme en tumeur maligne sont plus grands dans les circonstances suivantes :

  • Dans la phase qui suit la ménopause
  • Avec la prise de tamoxifène
  • En cas de règles abondantes ou irrégulières

Vous pouvez en savoir plus sur les polypes malins en lisant l’article : Les polypes utérins malins.

Diagnostic et traitement

Les polypes sont la plupart du temps détectés par le gynécologue au cours d’un examen de routine grâce à une échographie transvaginale. Cependant, pour confirmer le diagnostic, on peut recourir aux techniques suivantes :

Hystérosonographie (ou hydrosonographie)
c’est une échographie transvaginale avec addition d’une solution saline ou sérum stérile par le vagin afin de décoller les parois internes de l’utérus et avoir une meilleure vision du polype.
Hystéroscopie
C’est une chirurgie mineure qui consiste à introduire dans la cavité utérine un endoscope pourvu d’un dispositif d’éclairage, d’une petite caméra et de matériel pour l’intervention. On obtient ainsi une image numérique de l’intérieur de l’utérus. L’hystéroscopie peut être réalisée sous anesthésie locale ou sans anesthésie.

La méthode de l’hystéroscopie, si elle n’est pas que diagnostique, permet également de réaliser une biopsie du polype, ou même son ablation ou résection. Dans ce cas, on parle de polypectomie par hystéroscopie opératoire.

Une autre manière d’éliminer les polypes de petite taille consiste à racler les parois de l’utérus par la technique du curetage. Pourtant, cette méthode est moins efficace et il peut y avoir récidive si la résection n’est pas réalisée à la base.

Indépendamment du type de traitement utilisé, une fois que le polype est enlevé, il est envoyé à un laboratoire d’anatomie pathologique pour analyser et confirmer qu’il s’agit bien d’un polype de caractère bénin.

La polypectomie est utilisé pour tout polype endométrial symptomatique. L’ablation des polypes de plus de 1 cm est également recommandée même s’ils sont asymptomatiques car ils peuvent devenir cancéreux.

Polypes utérins et traitements de PMA

L’ablation des polypes utérins est recommandée avant de commencer tout traitement de procréation médicalement assistée.

Par chance, le diagnostic des polypes est en général rapide car l’échographie vaginale est l’un des premiers examens réalisés aux patientes. Si le médecin soupçonne la présence de polypes, il va prescrire une hystéroscopie.

Si un polype est décelé une fois que le traitement est commencé, le spécialiste va prendre une décision de manière personnalisée. En cas d’annulation du transfert embryonnaire, il sera possible de vitrifier les embryons et de reporter le transfert à plus tard, après traitement du polype.

Vos questions fréquentes

Les polypes utérins peuvent-ils disparaître tout seuls ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Certains polypes ont la faculté de régresser d’eux-même, en particulier s’ils sont de petite taille. S’ils dégénèrent, ils se détachent et sont éliminés au cours des règles qui peuvent alors être plus douloureuses que d’habitude. Cependant, si le polype cause des symptômes ou s’il est susceptible d’être malin, il faut le retirer.

On parle de pseudo-polype lorsque des excroissances de l’endomètre ont un aspect similaire à celui des polypes, une taille inférieure à 1 cm et qu’elles disparaissent après la menstruation.

Est-ce qu’une jeune femme peut avoir un polype utérin ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Oui, même si ce type de patiente développe moins souvent des polypes. Au-delà de l’âge, la décision d’extirper le polype va dépendre des antécédents médicaux de la patiente, de la taille du polype et des risques de cancer.

Est-ce qu’un polype endométrial est la même chose qu’un fibrome utérin ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Non, même si tous deux sont des excroissances anormales à l’intérieur de l’utérus et qu’ils apparaître comme semblables à l’hystéroscopie diagnostique.

Un léiomyome ou myome utérin (appellation plus correcte que fibrome utérin) sous-muqueux est une tumeur bénigne de tissu musculaire qui croît à partir du myomètre. À la différence de la plupart des polypes, leur vascularisation superficielle est frappante.

Cependant, les polypes fibroglandulaires sont très vascularisés et sont plus consistants, ce qui peut les faire confondre avec des myomes.

Est-ce qu’il y a un traitement naturel pour éliminer ou prévenir les polypes endométriaux ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

On dit que consommer certains aliments comme le gingembre, la cannelle ou les graines de moutarde peut aider à éliminer naturellement les polypes. Cependant, il n’y a pas de preuves scientifiques confirmant l’efficacité de possibles traitements naturels.

En ce qui concerne la prévention, il est aussi difficile de la réaliser, car on ne sait pas exactement les causes de leur formation. Une alimentation saine, riche en antioxydants, peut avoir des effets bénéfiques, mais il n’y a pas non plus de preuves scientifiques.

Il faut bien entendu éviter les facteurs de risque. Cependant, étant donné qu’il s’agit parfois de traitements (par exemple le tamoxifène ou le traitement hormonal susbtitutif), il peut être difficile de le supprimer si les bienfaits sont supérieurs aux risques. Dans ce cas, les examens de routine périodiques sont essentiels pour établir un diagnostic précoce.

La manière la plus sûre de traiter les polypes sont les méthodes décrites dans l’article. Considérant qu’ils peuvent être cause de cancer, il n’est pas conseillé de prendre des risques inutiles.

Les polypes utérins sont-ils contagieux ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Non. Certains facteurs peuvent augmenter le risque de développer des polypes, mais il n’y a pas de risque de contagion de personne à personne.

La rédaction vous recommande

Les polypes peuvent être source d’infertilité chez la femme. Si vous désirez en savoir plus sur les causes possibles d’infertilité associées à un facteur utérin, suivez le lien : Facteur utérin et impact sur la fertilité.

Par ailleurs, la majorité des polypes sont bénins mais certains peuvent devenir malins. Pour plus d’informations sur ce type de polypes, lisez notre article : Polypes utérins malins : symptômes, causes et traitement.

Si l’hystérosonographie ou l’hystéroscopie ne confirment pas la présence de polypes mais que la grossesse ne se produit pas après plus d’un an de rapports sexuels sans contraception, un bilan de fertilité s’impose pour les deux membres du couple. En quoi consiste-t-il ? Lisez nos articles :

En partageant cet article, vous nous aidez

Notre équipe réalise un effort éditorial important, en partageant cet article, vous nous aidez et nous motivez à continuer notre travail.

Auteurs et collaborateurs

 Rebeca Reus
Embryologiste
Diplômée en Biologie humaine (Biomédecine) de l'Universitat Pompeu Fabra (UPF), Master en Laboratoire d'Analyses Cliniques de l'UPF et Master sur la Base Théorique et Procédures de Laboratoire en Procréation Assistée de l'Universidad de Valencia (UV). Plus d'informations
Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Toutes les nouveautés sur la procréation médicalement assistée sur nos réseaux.

2 commentaires

  1. Top commentaires
    gigi

    On allait me retirer un polype utérin et un mon médecin m’a informé que je suis enceinte de plusieurs semaines. Du coup, l’opération a été annulée. J’ai très peur de faire une fausse-couche. Est-ce que c’est déjà arrivé à quelqu’un? Merci d’avance pour vos réponses, je suis très inquiète.

    • Isabelle Gutton

      Bonjour gigi,

      Si votre médecin a pris la décision d’annuler l’opération, c’est probablement parce que la localisation du polype et ses caractéristiques ne permettaient pas de vous opérer si vous êtes enceinte.

      Le risque de fausse-couche est effectivement multiplié en présence de polypes utérins. Par chance, ce n’est pas systématique. Le fait que vous soyez enceinte indique en tout cas que la nidation s’est correctement réalisée.

      La grossesse pourrait donc se dérouler normalement même si les risques sont plus importants.

      Bonne chance.