Par Rebeca Reus (embryologiste), Dr. Carmen Ochoa Marieta (gynécologue) et Carolina Andrés Santé (embryologiste).
Dernière actualisation: 27/08/2018

Le spermogramme, ou analyse spermatique, est un examen médical qui permet d’évaluer la qualité du sperme. Les paramètres pris en compte lors de cette étude sont le volume ou le pH spermatique ainsi que la morphologie, la mobilité et la concentration de spermatozoïdes.

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) établit des valeurs de référence qui déterminent la normalité d’un spermogramme. Grâce à ces paramètres de normalité, l’examen évalue s’il existe un type d’infertilité ainsi que les probabilités de grossesse.

Afin de réaliser le diagnostic d’infertilité masculine, il est nécessaire de réaliser au moins deux spermogrammes à un intervalle de deux mois de différence et que le résultat soit le même, car les résultats peuvent varier selon des variables environnementales ou du laboratoire, et pas seulement physiologiques.

Vous trouverez ci-dessous un index avec tous les points que nous allons traiter dans cet article.

En quoi consiste le spermogramme?

L’homme dont le sperme va être étudié doit remettre un échantillon après une période d’abstinence sexuelle d’entre 3 et 5 jours. Cela inclut l’absence de relations sexuelles ainsi que de masturbation.

Le sperme est recueilli par masturbation dans un flacon stérile après avoir uriné et après un lavage de mains et des parties génitales.

Il est essentiel de recueillir la totalité de l’échantillon de l’éjaculat. De nombreux hommes éprouvent une gêne pendant le recueil de sperme et perdent une partie de l’échantillon, surtout la première fraction du sperme.

Si une partie du flacon est renversée ou quelques gouttes sont perdues, l’analyse ne sera pas représentative et donc, ne sera pas considérée comme valable. Cela doit être signalé au personnel du laboratoire afin de prendre un nouveau rendez-vous pour une meilleure analyse du sperme.

Comme nous l’avons commenté au préalable, l’idéal est de recueillir l’échantillon dans la clinique pour altérer le moins possible les conditions de l’échantillon spermatique. Cependant, de nombreuses cliniques offrent la possibilité de recueillir l’échantillon chez soi et de l’apporter au laboratoire.

Dans ce cas de figure, il est important qu’il ne se passe pas plus d’une heure entre l’éjaculation et l’analyse, bien qu’il soit préférable que le temps n’excède pas 30-40 minutes afin d’obtenir un résultat du spermogramme le plus fiable possible.

De plus, jusqu’à l’arrivée au laboratoire, les conditions de température et de lumière doivent être adéquates. Le flacon doit être conservé dans une poche du pantalon, ou en contact avec le corps et enveloppé dans du papier aluminium pour que la lumière n’entre pas en contact avec lui.

Spermogramme et spermocytogramme

S’ils représentent les deux principaux examens médicaux préconisés dans le cadre de l’exploration de la fertilité masculine, le spermocytogramme et le spermogramme évaluent le sperme selon des critères et des méthodes différentes.

Le spermocytogramme est l’analyse morphologique des cellules des gamètes mâles. Ainsi, il permet d’évaluer la forme des spermatozoïdes et de détecter d’éventuelles anomalies au niveau de leur tête ou de leur flagelle. Il se concentre sur l’analyse des spermatozoïdes.

Quant au spermogramme, c’est un examen biologique médical des différents paramètres constituants le sperme: le volume, la liquéfaction, la viscosité, le pH, etc. Il se concentre sur l’analyse du liquide spermatique en général.

Spermogramme selon les normes OMS

Lors de l’analyse du sperme, on utilise deux formes d’examen: l’examen macroscopique et l’examen microscopique. En général, il existe des paramètres de référence, bien qu’ils varient souvent en fonction du laboratoire et de la clinique.

L’analyse macroscopique est la première à être réalisée, sur l’échantillon frais, juste après le recueil du sperme. Elle sert à évaluer les caractéristiques les plus basiques du sperme:

Volume
la quantité de sperme expulsée lors de l’éjaculat se mesure en millilitres (ml). À partir de 1.5 ml, elle est considérée normale.
Liquéfaction
après le repos de l’échantillon pendant environ 20 minutes, le sperme devient moins compact et l’examen microscopique peut commencer. Le liquide séminal coagule rapidement après l’éjaculation puis il se liquéfie secondairement grâces aux enzymes prostatiques.
Viscosité
Quand l’échantillon est fortement visqueux, cela peut être dû à un dysfonctionnement prostatique, une éjaculation fréquente, et/ou d’un état psychologique particulier du patient. Cette augmentation de viscosité ne suppose pas une cause directe de l’infertilité, mais peut affecter les évaluations du sperme, tel que sa concentration et sa mobilité.
Couleur
le sperme est de couleur blanc-grisonnant et parfois un peu jaune. S’il est légèrement transparent, cela peut être dû à la présence de leucocytes dans l’éjaculat, bien qu’à postériori il sera examiné au microscope.
pH
les taux normaux de pH se situent entre 7.2 et 8.0. ce qui est considéré comme des valeurs légèrement basiques. La variation du pH peut indiquer la présence d’une infection.

Au niveau microscopique, les aspects observés les plus importants sont:

Concentration de spermatozoïdes
il faut établir deux valeurs, la concentration de spermatozoïdes dans l’éjaculat, qui selon l’OMS est normale à partir de 39 millions de spermatozoïdes/éjaculat.
Mobilité spermatique
il s’agit de l’analyse de la capacité de mouvement des spermatozoïdes. En général, elle se mesure par deux valeurs, le mouvement total ( tous les spermatozoïdes qui sont en mouvement) qui doit être au moins de 40% et la mobilité progressive (les spermatozoïdes bougent et avancent), et la valeur minimum est de 32%. De nombreuses cliniques analysent le type de mouvement, s’il est rapide, modéré ou lent.
Vitalité
elle est mesurée par un examen de teinture, elle n’est effectuée que dans le cas où les spermatozoïdes immobiles sont nombreux afin de vérifier s’ils sont morts ou s’ils sont juste immobiles. La vitalité doit être au moins de 58% se spermatozoïdes.
Morphologie

la tête (elle doit être ovale), le cou et la queue du spermatozoïde sont analysés. Selon l’OMS, un échantillon de morphologie normal réunit au moins 4% des spermatozoïdes de forme normale, sans anomalies sur aucune partie.

Présence de leucocytes
il est normal qu’en plus de spermatozoídes, on retrouve un autre type de cellules, comme des leucocytes, ou cellules épithéliales. Dans des échantillons où la présence de leucocytes est élevée, on suspecte la présence d’infection.

L’OMS a publié en 2010 des valeurs spermatiques de référence, en-dessous desquelles le spermogramme est considéré anormal.

Récupération des spermatozoïdes mobiles (REM)

La récupération des spermatozoïdes mobiles est un examen complémentaire au spermogramme. Il consiste à séparer les spermatozoïdes en fonction de leur mobilité après la capacité spermatique.

La capacitation spermatique est un processus qui se passe naturellement chez les spermatozoïdes et leur permet d’avoir la capacité de féconder l’ovule. Rien de plus ne s’expulse lors de l’éjaculation; il est nécessaire que se produisent une série de changements dans leur structure. Ces changements se produisent tout au long du tractus reproducteur féminin.

Pour réaliser la capacitation spermatique, on procède au lavage de l’échantillon de sperme avec des techniques de laboratoire comme le swim-up ou les gradients de densité.

Les spermatozoïdes se séparent du liquide séminal. A leur tour, ceux-ci se regroupent en fonction de leur mobilité et morphologie obtenant finalement les spermatozoïdes aptes pour effectuer la fécondation de l’ovule.

Les résultats s’expriment en quantité de spermatozoïdes mobiles et avec des trajectoires rectilignes par millimètre de sperme éjaculé. C’est ce qui est appelé REM (récupération des spermatozoïdes mobiles).

On considère qu’un échantillon est normal quand il a un nombre de spermatozoïdes à mobilité progressive (a+b) supérieur à 3-5 millions.

Vous pourrez trouver des informations complémentaires sur notre article: La capacitation spermatique.

Vos questions fréquentes

L’abstinence sexuelle a-t-elle des bénéfices ?

Par Dr. Carmen Ochoa Marieta (gynécologue).

L’abstinence de 3 à 5 jours avant d’effectuer une analyse de sperme est utilisée afin d’homogénéiser les résultats en fonction des caractéristiques normales.

L’abstinence sexuelle à long terme ne procure aucun avantage au sperme.

Quelles analyses sont nécessaires pour détecter l’infertilité masculine mis à part le spermogramme ?

Par Carolina Andrés Santé (embryologiste).

Nous pouvons également évaluer la qualité séminale en étudiant le contenu génétique des spermatozoïdes. D’une part, nous pouvons étudier l’intégrité de l’ADN, fondamentale pour parvenir à un développement embryonnaire correct. Cependant, parfois, il peut arriver que celui-ci soit fragmenté. Le test de fragmentation évalue le pourcentage de spermatozoïdes fragmentés présents dans l’éjaculat.

D’autre part, nous pouvons étudier si les spermatozoïdes présentent un contenu chromosomique correct grâce à l’étude FISH (5 paires de chromosomes sont évaluées) ou Chromosperme (un profil chromosomique général est évalué). Un éjaculat avec un pourcentage élevé de spermatozoïdes présentant des malformations chromosomiques pourrait donner lieu à un plus grand nombre d’embryons aneuploïdes.

Quelles sont les quantités normales d’un spermogramme ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Les valeurs les plus déterminantes d’un spermogramme sont les suivantes:

  • Volume de l’échantillon ≥ de 1,5 ml
  • pH entre 7,2 et 8,0
  • Concentration spermatique ≥ de 15 millones/ml
  • Total des spermatozoïdes > de 40 millions
  • Mobilité progressive (A+B) ≥ de 32%
  • Spermatozoïdes vivants > de 58%
  • Spermatozoïdes normaux ≥ de 4%
  • REM (capacitation spermatique) > de 5 millions, il s’agit du paramètre le plus important du spermogramme

Comment savoir si je suis un homme fertile ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Afin de connaître le taux de fertilité, vous devrez passer une série d’examens. D’abord un historique clinique et un examen physique complet, puis un spermogramme, où sont analysés le volume, la concentration, la mobilité, la viabilité et la morphologie des spermatozoïdes. Cette analyse permet de prévenir, éviter ou traiter d’éventuels troubles qui peuvent provoquer la stérilité et qui passent inaperçus.

Combien de temps mettent les résultats du spermogramme ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Chaque laboratoire travaille différemment, selon leur volume de travail. Il est possible d’avoir les résultats le jour même, mais le plus habituel est d’attendre 2-3 jours après le recueil de sperme.

Quelles maladies peuvent causer des problèmes aux spermatozoïdes ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Effectivement, certaines maladies testiculaires comme la varicocèle, l’hydrocèle, la cryptorchidie et certaines maladies génétiques peuvent altérer la production normale de spermatozoïdes et causer l’infertilité.

Les problèmes hormonaux comme l’hypogonadisme, l’hyperprolactinémie, l’hyperthyroïdie, l’hypothyroïdie et le diabète influent aussi sur le développement spermatique.

Si les voies spermatiques et les glandes accessoires ont une anomalie, la maturation des spermatozoïdes et l’éjaculation pourraient se voir perturbés.

Quels médicaments sont nécessaires pour le spermogramme ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Aucun médicament n’est nécessaire pour faire un spermogramme. Cependant, en cas de détection de trouble, le médecin peut recommander un complément alimentaire pour améliorer la qualité spermatique pendant les 3 mois suivants et évaluer si le nouveau spermogramme s’améliore.

L’enterococcus faecalis du sperme provoque-t-il l’infertilité ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Ce micro-organisme est une bactérie commensale c’est-à-dire qui vit avec d’autres germes. Elle se retrouve notamment dans le tube digestif des humains. Elle peut également se rencontrer dans l’environnement (dans des eaux usées, l’eau douce, sur les sols).

Cette bactérie peut causer des infections, notamment des infections nosocomiales. Si elle apparaît lors du spermogramme, elle est traitée par des antibiotiques.

Elle est la cause la plus fréquente des infections qui affectent la prostate et le sperme. Comme toutes les infections qui affectent l’appareil reproducteur, elle peut provoquer l’infertilité, mais prise à temps, un traitement par antibiotique suffit à l’éliminer.

La rédaction vous recommande

Vous vous posez des questions sur le spermogramme? Dans les traitements de procréation assistée qui requièrent ce processus, comme l’insémination artificielle et la FIV, le liquide séminal est analysé en laboratoire après plusieurs examens, comme la capacitation spermatique. Nous vous recommandons de lire cet article sur : Les techniques de capacitation spermatique.

S’il existe un problème de fertilité masculine, les leucocytes présents dans le sperme jouent un rôle important. Vous trouverez plus d’informations ici: Les leucocytes dans le sperme.

Lorsque le couple rencontre des difficultés pour concevoir un enfant, les questions que l’on se pose sont souvent nombreuses. Vous trouverez ici des informations sur : La stérilité masculine.

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Auteurs et collaborateurs

 Rebeca Reus
Embryologiste
Diplômée en Biologie humaine (Biomédecine) de l'Universitat Pompeu Fabra (UPF), Master en Laboratoire d'Analyses Cliniques de l'UPF et Master sur la Base Théorique et Procédures de Laboratoire en Procréation Assistée de l'Universidad de Valencia (UV). Plus d'informations
Dr. Carmen Ochoa Marieta
Diplômée en médecine de l'Université du Pays basque, avec un doctorat en médecine et chirurgie de l'Université de Murcie. Il dirige actuellement l'Unité de reproduction assistée du Centre d'études sur la reproduction (CER SANTANDER) à Santander et l'Unité de diagnostic de la médecine de reproduction à Bilbao. Plus d'informations
Affiliation au Conseil de l'Ordre: 484805626
 Carolina  Andrés Santé
Diplômée en biologie sanitaire de l'Université d'Alcalá de Henares. Elle est titulaire d'une maîtrise en cytogénétique et en biologie de la reproduction de l'Université autonome de Barcelone. Elle est actuellement embryologiste à la clinique Tambre. Plus d'informations
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