Qu’est-ce que la méthode ROPA ou FIV pour couples de lesbiennes?

Le nom de la méthode ROPA ou R.O.P.A correspond au sigle Réception des Ovocytes de la Partenaire. Cette technique de procréation assistée spécialement conçue pour les couples de lesbiennes permet aux deux membres du couple de participer activement à la maternité.

Le processus consiste en une FIV (fécondation in vitro) associée à un don d’ovocytes intra-partenaire et à un don de sperme. L’une des deux femmes apporte son matériel génétique et l’autre porte le bébé le temps de la grossesse. Nous vous expliquons dans cet article en quoi consiste la méthode ROPA. Nous vous apportons aussi quelques précisions quant à législation et les prix.

En quoi consiste la méthode ROPA ?

La méthode ROPA est une technique de fécondation in vitro appliquée à un couple de femmes. On parle aussi de partage de la conception, de double maternité ou encore de FIV réciproque.

Son nom provient de l’espagnol Recepción de Óvulos de la Pareja car c’est en Espagne que cette technique s’est popularisée.

On procède comme pour un don d’ovocytes, mais dans ce cas, la donneuse n’est pas anonyme : le don est intra-partenaire.

La donneuse, de même que sa conjointe, sera la mère du futur bébé, c’est pour cela que l’on parle de maternité partagée.

Ainsi, l’une des mères va fournir son patrimoine génétique (ADN) alors que l’autre va être enceinte et mettre l’enfant au monde.

Bien entendu, il faudra en plus avoir recours à un don de sperme.

Comment se passe une FIV intra-partenaire ?

Pour les deux femmes, le processus va se dérouler de la façon suivante 

Stimulation ovarienne
lors d’un cycle naturel, seul un ovocyte arrive à maturation. Pour augmenter les chances de succès, la femme qui fournit les ovules reçoit un traitement hormonal (analogues de la GnRH et gonadotrophines) pour stimuler la maturation simultanée de plusieurs ovules.La patiente doit s’auto-administrer le traitement par des injections sous-cutanées dans la zone abdominale. Pendant la durée du traitement (10-12 jours), elle doit rendre régulièrement visite à son médecin pour des contrôles échographiques de la croissance folliculaire afin de programmer le meilleur moment pour prélever les ovules.
Prélèvement des ovocytes
on procède au prélèvement des ovocytes par aspiration du liquide contenu dans les follicules, qui sont les structures ovariennes où les ovules arrivent à maturité. Il s’agit d’une intervention chirurgicale simple appelée ponction folliculaire ou ovarienne qui dure entre 20 et 30 minutes et se fait sous anesthésie. En général, la patiente n’a pas besoin d’être hospitalisée et peut rentrer chez elle le jour-même.
Fécondation en laboratoire
les ovocytes obtenus qui se trouve à un stade mature adéquat (métaphase II) sont fécondés avec les spermatozoïdes d’un donneur, anonyme ou non selon la législation du pays choisi et les préférences du couple. La fécondation peut être réalisée suivant une FIV conventionnelle ou par la méthode ICSI (injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde).
Culture d’embryons
après l’union des ovules et des spermatozoïdes, le spécialiste sélectionne les ovules qui ont été correctement fécondés et sont déjà considérés comme des embryons. Ils sont laissés en culture entre 3 et 6 jours.
Préparation endométriale
la femme du couple qui va porter l’enfant au cours de la grossesse reçoit un traitement hormonal différent de celui de sa partenaire. Elle prend des œstrogènes et de la progestérone par voie vaginale, orale ou sous forme de patch. Ce traitement favorise la croissance de l’endomètre, lui permettant d’acquérir l’aspect et l’épaisseur appropriés (environ 7-10 mm) pour la nidation de l’embryon.
Transfert embryonnaire
quand l’utérus de la femme est prêt à recevoir l’embryon, on dit qu’il est réceptif. L’embryon de meilleur qualité est sélectionné et déposé dans la cavité utérine. Il s’agit d’un processus indolore et rapide qui ne requiert aucune anesthésie ni aucun soin particulier. Il est simplement conseillé de se rendre au transfert avec la vessie pleine pour faciliter l’observation de l’utérus. Le plus habituel est de transférer un seul embryon, même si dans certains cas on en transfère deux ou plus.
Congélation des embryons surnuméraires
les embryons viables qui n’ont pas été transférés peuvent être cryopréservés pour plus tard, qu’il s’agisse de l’échec de la première tentative ou pour avoir d’autres enfants. S’ils ne sont pas gardés pour un futur traitement de fertilité, ces embryons surnuméraires peuvent être donnés à d’autres couples en parcours de PMA, donnés à la science ou être détruits sous certaines conditions.
Test de grossesse
environ 15 jours après le transfert, on réalise une analyse de l’hormone bêta-hCG dans le sang pour confirmer si la technique a abouti à une grossesse. Cette attente est parfois compliquée à gérer sur le plan émotionnel.

On parle de maternité partagée car ce procédé permet de diviser en deux l’apport maternel : l’une des femmes donne sa génétique et l’autre vit la grossesse et l’accouchement.

Conditions requises pour une maternité partagée

Comme commenté plus haut, la méthode ROPA est une variante de la FIV spécialement adaptée aux couples lesbiens.

Des questions se posent : « Qui portera l’enfant ? » « Qui transmettra ses gènes ? » La décision du rôle de chaque femme dans le processus appartient au couple mais, au-delà des préférences personnelles, il sera également judicieux de suivre les recommandations du médecin.

En effet, cette technique intéresse généralement deux femmes qui désirent toutes deux jouer un rôle dans la fécondation et la gestation. Pourtant, il arrive qu’on utilise la méthode ROPA si l’une des deux femmes présente une limitation médicale pour pouvoir assumer le processus complet de la gestation : mauvaise qualité des ovocytes, réserve ovarienne faible, absence d’ovaires ou d’utérus, risque de transmettre une maladie génétique…

On recommande habituellement à la plus jeune des deux femmes de fournir ses ovules, car la qualité ovocytaire diminue avec l’âge, en particulier à partir de 35 ans.

Il est fondamental que la réserve ovarienne de la mère génétique soit bonne. Elle devra de préférence réaliser des tests génétiques comme le caryotype.

Les embryons ainsi obtenus seront plus nombreux, de meilleure qualité et les chances de grossesse augmenteront.

Interview au Dr. Candela Gallardo de la clinique MASVIDA Reproducción

Selon une interview accordée à PMA Fertilité par le Dr. Candela Gallardo, gynécologue à la clinique MASVIDA Reproducción, à Séville, en Espagne:

Question: Quels sont les conditions requises pour réaliser une méthode ROPA?

Réponse: Il existe des conditions légales qui consistent à être mariées, et des conditions médicales. La femme qui va apporter ses ovocytes doit disposer d’une réserve ovarienne de qualité, elle doit être jeune afin d’améliorer le pronostic et doit passer par une évaluation psychologique. Quant à la femme qui va tomber enceinte, la receveuse, elle doit présenter un bon état de santé général, afin de ne pas avoir de contre-indications par rapport à une grossesse.

Quant à celle des deux femmes qui va être enceinte, elle doit avoir une cavité utérine normale, sans malformations pouvant affecter la gestation et le développement embryonnaire.

Il faut aussi s’assurer que la mère gestative n’est pas atteinte de maladies pouvant empêcher la grossesse d’arriver à terme, comme par exemple des thrombophilies ou des maladies auto-immunes. Si c’était le cas, les chances de succès du traitement se verraient compromises.

Caractéristiques légales de la méthode ROPA

La législation concernant les techniques de PMA n’a pas cessé d’évoluer en Europe dans les dernières années. Pourtant, seuls quelques pays autorisent le recours aux techniques de procréation assistée pour les couples de femmes.

C’est pour cela que, avant de programmer un traitement de ce type, il faut se renseigner pour savoir où il est légal.

Où en est la loi française?

Actuellement, en France, la procréation médicalement assistée est réservée aux couples hétérosexuels en âge fertile, en présence d’un diagnostic d’infertilité. Elle est également permise aux couples lorsqu’une maladie grave est susceptible d’être transmise à l’enfant.

Par conséquent, la PMA n’est pas accessible aux couples homosexuels et aux femmes célibataires en France.

Pourtant, le président Emmanuel Macron s’est dit favorable à l’ouverture de la PMA aux couples de femmes homosexuelles et aux femmes seules.

Dans un rapport rendu public le 27 juin 2017, le Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE) a à son tour rendu un avis majoritairement favorable.

Un texte de loi dans ce sens pourrait être proposée au Parlement et débattu en 2018, dans le cadre de la révision des lois de bioéthique.

Cependant, cela ne signifie pas forcément que la méthode ROPA deviendra possible. L’ouverture de la PMA pour toutes pourrait se limiter au don de sperme, que ce soit par insémination artificielle (IAD) ou FIV.

La double maternité en Europe

Actuellement, vingt-deux pays européens permettent aux femmes seules d’accéder à un traitement de fertilité pour devenir mères. Dans les cas des couples homosexuels féminins, la législation est plus stricte, car seuls sept pays d’Europe leur permettent d’accéder à la PMA : la Belgique, l’Espagne, le Royaume-Uni, la Bulgarie, le Danemark, la Finlande et la Lettonie.

Cela ne signifie pas forcément que la méthode ROPA est autorisée dans tous les pays qui permettent l’accès à la PMA aux couples de femmes.

La méthode ROPA est une technique particulière de par l’emploi qu’elle fait des gamètes. Elle implique un don d’ovocytes non anonyme, même si c’est au sein du couple.

C’est pour cela que certains pays exigent le mariage entre les deux femmes pour pouvoir appliquer cette technique. En Espagne par exemple, la ley 14/2006 sur les techniques de PMA autorise l’utilisation exclusive des gamètes d’une personne par elle-même ou par son conjoint. Le mariage est donc considéré comme une condition indispensable.

En Belgique, le mariage n’est pas obligatoire car le don de gamètes d’un donneur ou d’une donneuse non anonyme est possible. En revanche, l’entretien avec un psychologue est obligatoire.

Au Royaume-Uni, depuis le 6 avril 2009, la loi britannique stipule que la femme qui donne naissance à un enfant suite à un don de sperme sera automatiquement considérée comme la mère légale, même si elle n’est pas la mère biologique. Si elle est mariée ou qu’elle vit maritalement avec quelqu’un, sa conjointe sera considérée comme le deuxième parent légal.

Prix de la méthode ROPA

En France, les frais liés à la PMA peuvent être pris en charge par la Sécurité sociale, mais les couples de femmes n’ont pas encore accès aux traitements de fertilité. De plus, la méthode ROPA n’est pas pratiquée en France.

Il faut donc prévoir le coût du traitement dans une clinique privée à l’étranger, qui inclut tout le processus de FIV plus les frais de logement et de déplacement à l’étranger.

Le prix final va varier en fonction du pays choisi et du centre de fertilité qui réalise le traitement. À titre indicatif, en Espagne, il faut compter de 3 500 à 6 000 euros pour une méthode ROPA.

Le prix moyen est supérieur à celui de la fécondation in vitro elle-même, car il faut en plus compter les frais dérivés du don de sperme, c’est-à-dire les examens médicaux du donneur, sa compensation économique, la cryoconservation de l’échantillon de sperme, etc.

De plus, les médicaments des traitements hormonaux de stimulation ovarienne et de préparation de l’endomètre ne sont généralement pas inclus dans le prix final du traitement.

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Vos questions fréquentes (FAQ)

Pourquoi choisir la méthode ROPA au lieu d’une insémination artificielle ou FIV avec sperme de donneur ?

Ces trois techniques (FIV, IAD et ROPA) requièrent un don de sperme. Cependant, la méthode ROPA permet à la femme qui n’apporte pas ses ovules d’avoir un rôle beaucoup plus actif dans le processus par rapport à d’autres méthodes.

Lors d’une IAD ou d’une FIV classique, une seule des femmes participe au processus médical. La méthode ROPA permet au contraire aux deux membres du couple de participer à la conception de leur enfant.

Après une méthode ROPA, le bébé peut-il être inscrit comme l’enfant des deux femmes sur son acte de naissance ?

En France, un enfant est l’enfant de la femme qui l’a mis au monde. C’est donc elle qui va figurer comme la mère sur l’acte de naissance, même si elle n’est pas la mère biologique. Si les deux femmes désirent être les responsables légales de l’enfant, la femme qui aura fourni les gamètes devra procéder à l’adoption de l’enfant de sa conjointe en adressant une requête auprès du tribunal de grande instance (TGI) de son lieu de résidence.

Que change la PMA pour toutes en France ?

Aujourd’hui, en France, l’assistance médicale à la procréation (AMP) ne s’adresse qu’aux couples qui ont des difficultés à avoir des enfants. Pour y recourir, le couple doit attester une relation minimale de deux ans, avec un âge limite de 43 ans pour la femme. Deux raisons justifient le recours à la PMA : une infertilité ou une maladie grave susceptible d’être transmise à la descendance.

Avec la PMA pour toutes, la PMA ne serait plus uniquement un procédé médical destiné à pallier une déficience pathologique mais aussi une technique répondant à une demande sociétale, celle des femmes seules et des couples de lesbiennes avec un désir d’enfant.

La PMA sera-t-elle remboursée pour les couples lesbiens en 2018 ?

Les traitements de fertilité sont coûteux. C’est pourquoi l’extension de la PMA à toutes les femmes « ne saurait porter sur les moyens financiers de l’assurance-maladie », comme le prévient dans son rapport le CCNE.

Il semble donc que les femmes seules ou homosexuelles devront financer leur projet parental sans remboursement de la part de la Sécurité sociale. Une prise en charge pourrait pourtant être envisagée au nom de l’égalité, comme l’avance le CCNE :

La forme d’une contribution partielle pourrait être envisagée.

La rédaction vous recommande

Les lesbiennes disposent de plusieurs options pour devenir mamans. Toutes requièrent un don de spermatozoïdes, qu’il s’agisse d’une insémination artificielle avec don (IAD), d’une fécondation in vitro (FIV) avec sperme de donneur ou de la méthode ROPA. Nous vous l’expliquons ici : Les options pour devenir mère.

Si un couple lesbien n’est pas intéressé par la méthode ROPA, il peut recourir à une simple insémination artificielle avec sperme de donneur. L’IAD peut aussi intéresser les femmes seules ou les couples dont le conjoint est infertile. Savez-vous comment cela fonctionne ? Lisez notre article : Insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD).

Si l’IAD ne fonctionne pas, la FIV avec don de sperme offre de meilleurs taux de succès. Pour en savoir plus, consultez l’article suivant : Qu’est-ce que la FIV avec don de sperme ?

4 commentaires

  1. Top commentaires
    avatar
    Vally

    Quels examens faut-il réaliser pour savoir si la méthode ROPA est viable ou non?

    • avatar
      Isabelle GuttonConseillère en fertilité

      Bonjour Vally,

      Si vous n’avez pas encore décidé laquelle de vous deux va donner ses ovules et laquelle va porter l’enfant, vous pouvez toutes deux passer les examens suivants :

      – Échographie transvaginale
      – Bilan hormonal
      – Caryotype
      – Bilan sérologique

      Vous pourrez décidez de vous répartir les rôles selon les résultats obtenus.

      Pour en savoir plus, lisez : Bilan de fertilité chez la femme.

      J’espère vous avoir répondu.

  1. usuario
    Marionette75

    Bonsoir, ma femme est moi souhaitons devenir mamans, moi j’ai 34 ans et elle 52. Elle a déjà une fille qu’elle a eu il y a 30 ans. Elle ne fait pas du tout son âge car elle saute partout, elle est très active et énergique. Pensez-vous qu’on pourrait recourir à la méthode ROPA?
    Merci de votre aide,

    • avatar
      Almudena Larranaga Gomez-AceboConseillère en fertilité

      Bonjour Marionnette75,

      Cela dépend du pays, mais beaucoup de centres de PMA n’acceptent plus les femmes après 50 ans pour réaliser des traitements de fertilité. La raison principale est que les ovocytes sont de moins bonne qualité et que les risques liés à la grossesse deviennent plus importants. La méthode ROPA n’est donc pas forcément la meilleure option pour vous deux.

      Si vous souhaitez être mères, il vaut probablement mieux que ce soit vous-même et non votre femme qui réalise le traitement de fertilité, tant en ce qui concerne les ovocytes qu’en ce qui concerne la grossesse. Une insémination artificielle avec sperme de donneur pourrait être une bonne solution dans votre cas car vous êtes jeune et les taux de réussite à votre âge sont élevés avec cette méthode.

      J’espère vous avoir aidée,

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