Par Rebeca Reus (embryologiste).
Dernière actualisation: 27/08/2018

Dans la majorité des cycles de fécondation in vitro (FIV), qu’il s’agisse des propres ovocytes de la patiente ou d’un don d’ovocytes, certains embryons restent inutilisés, on les appelle les embryons surnuméraires. Le sort des embryons congelés dépend de la loi française qui régule la PMA (Loi de bioéthique 2011-814 du 7 juillet 2011) ainsi que de la décision du couple ou de la patiente.

Nous vous expliquons dans cet article quelles sont les options possibles pour les embryons surnuméraires.

Comment sont obtenus les embryons surnuméraires?

Lorsqu’un couple commence un traitement de procréation médicalement assistée, soit une FIV conventionnelle, soit une micro-injection spermatique de spermatozoïdes (ICSI), l’objectif est d’obtenir le plus grand nombre possible d’embryons afin d’augmenter les taux de réussite.

Cependant, il n’est pas possible de transférer tous les embryons obtenus en raison de ces deux facteurs:

  • Pour éviter la grossesse multiple, il est conseillé de transférer un seul embryon dans la mesure du possible, sans compromettre les chances de succès.
  • La loi française sur les techniques de PMA (la loi n° 2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique et modifiée en 2011) permet le transfert d’un maximum de 3 embryons.

Le couple ou la patiente célibataire qui se soumettent à un traitement de fertilité sont les personnes qui prennent la décision, tout en étant conseillés par les spécialistes, du nombre d’embryons qu’ils souhaitent transférer. Aujourd’hui, il est fréquent de transférer un ou deux embryons. On n’en transfère trois qu’en cas de mauvais pronostic.

Il est important que les professionnels de la PMA informent sur les avantages, les risques et les complications du transfert d’un, de deux ou de trois embryons en fonction des caractéristiques de la femme et la situation médicale.

D’autre part, l’optimisation des techniques de congélation embryonnaire qui a eu lieu ces dernières années rend possible la cryoconservation des embryons surnuméraires sans compromettre les taux de survie. De plus, la qualité des traitements et des techniques de sélection embryonnaire s’est également améliorée.

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Tous ces progrès permettent de réaliser plus de transferts d’un seul embryon sans pour autant réduire les taux de réussite à chaque cycle de stimulation ovarienne. Le nombre d’embryons surnuméraires est par conséquent chaque fois plus élevé.

Que deviennent les embryons non-utilisés?

Contrairement à ce que pense la majorité des patientes lorsqu’elles commencent un cycle de FIV, le choix du nombre d’embryons à transférer n’est pas la décision la plus importante qu’elles devront prendre au cours du traitement. Après le transfert, elles devront décider que faire des embryons qui n’ont pas été transférés.

En France, selon l’article L. 2141-4 du Code de la santé publique:

S’ils n’ont plus de projet parental ou en cas de décès de l’un d’entre eux, les deux membres d’un couple, ou le membre survivant, peuvent consentir à ce que leurs embryons soient accueillis par un autre couple […] le consentement ou la demande est exprimé par écrit et fait l’objet d’une confirmation par écrit après un délai de réflexion de trois mois

Cet article de loi précise également quelles options s’offrent aux couples au sujet des embryons congelés. Les voici:

Utilisation pour un futur projet parental
si la première tentative a échoué ou si le couple souhaite un deuxième enfant. Cette option permet de réaliser un autre transfert d’embryons sans passer de nouveau par une stimulation ovarienne et une ponction folliculaire, les étapes les plus gênantes des traitements de FIV.
Don à d’autres femmes ou couples pour un transfert
le couple donneur devra remplir une série de conditions pour pouvoir donner ses embryons. La femme doit en effet être âgée d’au plus 35 ans au moment ou le traitement est réalisé et les membres du couple ne doivent présenter aucune maladie héréditaire. Le couple récepteur réalisera un accueil d’embryons.
Don à la recherche
Le couple est informé du projet dans lequel entreront leurs embryons et doivent signer un consentement écrit spécifique dans lequel le projet sera détaillé.
Destruction
Cette dernière peut résulter d’une volonté exprimée par le couple, d’une abstention au contraire ou d’un désaccord.

La perspective d’une destruction des embryons surnuméraires peut parfois être perçue comme une volonté consciente ou inconsciente de mettre un point final à une période parfois longue, sinueuse et souvent difficile pour le couple s’étant lancé dans un parcours de PMA.

Tout embryon produit in vitro doit avoir un projet parental de grossesse. C’est pourquoi vous devrez confirmer avant votre première tentative de fécondation in vitro sans ou avec micro-injection votre accord pour la congélation des embryons obtenus qui ne seront pas transférés dans l’utérus (embryons dits surnuméraires).

Consentement à la décongélation

Les embryons surnuméraires peuvent être gardés 5 ans maximum. Certaines équipes acceptent de prolonger parfois d’un à deux ans. Chaque année, vous devez confirmer au centre de PMA où sont stockés les embryons votre volonté de poursuivre leur conservation.

Avant ces 5 années, si vous souhaitez effectuer une nouvelle tentative de grossesse (le premier transfert a échoué ou vous souhaitez un autre enfant), vous devrez utiliser les embryons congelés. Il est interdit de lancer une tentative de FIV complète (avec stimulation et ponction) temps qu’il vous reste des embryons congelés.

Selon le nombre d’embryons, vous pourrez peut-être bénéficier de plusieurs transferts. En ce qui concerne le remboursement, un transfert d’embryons congelés est considéré comme faisant partie de la même tentative que celle où a eu lieu la ponction.

À chaque rénovation, le couple pourra repenser à la destination des embryons. Le plus fréquent est la cryoconservation pour un usage postérieur, après un échec de FIV ou pour donner un frère ou une soeur au premier enfant. Mais parfois, après plusieurs années, le décision peut changer.

Aujourd’hui on estime que seuls 40 % des couples renouvelle leur consentement. La grande majorité des couples se désengagent de leurs embryons, surtout pour des raisons économiques.

D’autre part, le don des pré-embryons pour l’accueil par d’autres couples est l’option la moins choisie: seuls 4 % des couples qui renouvellent leur consentement décide de les donner à d’autres couples.

Embryons abandonnés en France

Chaque année, les parents sont consultés, par écrit, pour savoir ce qu’ils veulent faire de leurs embryons stockés. S’ils souhaitent conserver leurs embryons au-delà de l’échéance des cinq années prévue par la loi, ils doivent alors prendre en charge les frais de stockage (estimés à 40 euros par an environ) sans être remboursés par la sécurité sociale.

L’un des problèmes que pose la congélation d’embryons est que la majorité des patients ne renouvellent pas leur consentement. Leur destruction est automatique en l’absence de réponse ou en cas de désaccord des parents, passées les cinq années de conservation.

Vos questions fréquentes

Que deviennent les embryons en cas de séparation du couple ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

À partir de l’Ordonnance de Non Conciliation, le transfert des embryons congelés n’est plus possible. Trois choix s’offrent alors aux patientes:

  • Don des embryons à un couple qui relève de l’accueil d’embryons pour résoudre son problème de fertilité. Ce don est anonyme et gratuit et transforme le projet parental au sein du premier couple en un projet parental au sein d’un autre couple qui ne peut avoir d’enfant.
  • Don des embryons à la recherche pour être utilisés dans le cadre d’un programme validé par les structures prévues par la Loi, dans le seul but de mieux comprendre les problèmes de reproduction dans l’espèce humaine.
  • Destruction des embryons.

L’accord signé par chacun des ex-conjoints est nécessaire pour la prise en compte du choix fait. En cas de désaccord ou en absence d’accord, il est mis fin à la conservation des embryons après 5 ans de conservation.

Le transfert d’embryons congelés est-il possible si l’un des 2 membres du couple est décédé ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

Si cette pratique est aujourd’hui interdite en France (la PMA étant réservée aux couples formés de deux membres vivants) la prochaine révision de la loi de bioéthique pourrait l’autoriser, suivant notamment les recommandations de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).

Actuellement, il est totalement interdit et si le membre survivant est la femme, en aucun cas les embryons ne pourront être transférés dans son utérus.

Une deuxième tentative de FIV est-elle plus efficace qu’un transfert d’embryons congelés ?

Par Rebeca Reus (embryologiste).

L’un des facteurs les plus déterminants des résultats des traitements de FIV est la qualité embryonnaire.

Grâce aux progrès de la cryopréservation, il est possible de vitrifier (congeler) les embryons sans altérer leur qualité. Par conséquent, si les embryons sont de bonne qualité, les résultats du transfert d’embryons vitrifiés (VET) sont pratiquement les mêmes qu’en transférant des embryons frais provenant d’une seconde stimulation ovarienne.

Cependant, il faut savoir que pour la patiente, il est plus confortable de réaliser un transfert d’embryons congelés que de repasser par un protocole de stimulation ovarienne et de ponction folliculaire.

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La congélation d’ovocytes et d’embryons est réalisée par une congélation ultra-rapide appelée vitrification. Cette méthode présente de nombreux avantages par rapport à la congélation lente, utilisée jusqu’alors. Nous vous expliquons tout sur ce lien: La vitrification d’embryons.

Le transfert embryonnaire ou transfert d’embryons (TE) est l’avant-dernière étape des techniques de PMA comme la FIV, l’ICSI ou l’IMSI qui impliquent la fécondation en laboratoire. Vous trouverez plus d’informations sur ce lien: Qu’est-ce que la transfert d’embryons?

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Auteurs et collaborateurs

 Rebeca Reus
Embryologiste
Diplômée en Biologie humaine (Biomédecine) de l'Universitat Pompeu Fabra (UPF), Master en Laboratoire d'Analyses Cliniques de l'UPF et Master sur la Base Théorique et Procédures de Laboratoire en Procréation Assistée de l'Universidad de Valencia (UV). Plus d'informations
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2 commentaires

  1. Top commentaires
    Ludmilla

    Bonjour, il me reste deux embryons après mes tentatives de FIV. Je suis enceinte et je ne sais pas quoi faire avec eux. Pouvez vous m’aider? merci

    • Jessica Escudero

      Bonjour Ludmilla,

      Vous avez 4 options qui s’offrent à vous. Vous pouvez les conserver par vitrification durant 5 ans, les donner à un autre couple infertile, les donner à la recherche, ou les détruire.

      J’espère vous avoir aidée,